Le mot de l'éditeur : "Après L'Art et le sang, paru il y a tout juste un an chez Cornélius et sélectionné dans la foulée en compétition officielle du festival d'Angoulême, Benoît Preteseille finit d'égratigner la bien-pensance populaire, d'éperonner le petit-bourgeois et son insupportable bonne morale avec Maudit Victor. D'auto-mutilations en giclées de sang, Benoît P. subit depuis un certain temps une remarquable métamorphose. Ces dernières années, il a ôté son costume d'étudiant des beaux-arts dans les coulisses des scènes parisiennes avant de disparaître derrière le masque de Benoît Tranchand, performeur au sein du groupe Savon Tranchand, puis de réapparaître dans le fauteuil en simili cuir de l'éditeur de Warum. En ce moment-même, on dit qu'il adopterait petit à petit le visage d'un auteur de bande dessinée qu'aucun lecteur ne pourra plus jamais ignorer.
Persuadé que la prothèse oculaire de son oncle est un objet magique, un gamin crédule se crève un œil. Ainsi débute l’histoire, tragique et dérisoire, de Victor. Elle se déroule sur le rythme décousu et fantasque des romans-feuilletons, avec comme décor le bric-à-brac bourgeois de la Belle Epoque : coloniaux courageux, mages mystiques, peintres pompiers, marquises majestueuses.
Une femme avec un trou béant dans le ventre, qui voit des choses insensées dans les yeux des animaux, éveille chez l'influençable Victor une vocation de peintre. Pour pouvoir installer son atelier, il assassine un cheval à corps d'homme, qu'il a surpris à compter des diamants au fond d'une grotte. Pauvre Victor! Le voilà riche mais maudit. Il ne peut plus peindre que des canassons, ce qui handicape sa carrière d'artiste mondain. Tout cela finit très mal, comme il se doit.
Benoît Preteseille a de bien mauvaises fréquentations : Fantômas, Elephant Man, Heurtebise, Arsène Lupin, Arthur Cravan, et autres dynamiteurs du conformisme et de la morale. Ennemi de la logique et de la raison, ce pistolero dada affronte notre société déshumanisée avec pour seules armes la dérision et l’humour.Les véritables monstres de Maudit Victor ne sont pas les « freaks », magnifiques et grotesques, mais les braves gens, les gens normaux, cupides, égoïstes et stupides, rouages banals d’une mécanique sociale implacable et meurtrière."